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Retour sur la conférence Nutrition du Dr Jean-Michel Lecerf

La nutrition, dont les racines du terme découlent d’un ancien phonème indo-européen signifiant « arroser », est devenue une véritable problématique de société. Les débats tournants autour des régimes sans viande, sans lait, sans gluten ou autre expriment une problématique intrinsèque à l’homme qui le définirait en fonction de ce qu’il mange. Pour plonger aux racines de ces questionnements et en démêler le vrai du faux, le Dr Véronique Taillard, responsable de l’Unité transversale de nutrition clinique (UTNC) a convié un grand spécialiste en la matière, le Dr Jean-Michel Lecerf, chef du service nutrition de l’Institut Pasteur de Lille et attaché au CHRU de Lille.

L’amphithéâtre de la faculté de Médecine de Nîmes était comble ce mardi 19 mars 2019 pour accueillir et entendre la conférence du Dr Jean-Michel Lecerf, éminent spécialiste en nutrition, venu spécialement pour l’occasion à la demande des spécialistes du CHUN. Après le fameux quart d’heure nîmois et les remerciements du Dr Véronique Taillard, le colloque débutait.

Le régime sans viande

Parmi  la longue liste des régimes en vogue, le Dr Lecerf avait choisi de commencer par le plus courant : le régime sans viande. Rappelant que l’être humain peut se passer de viande (à condition de trouver un apport dans des sources différentes en protéines, acides gras, vitamines B, fer, zinc, etc.), il n’est pas non plus utile d’en faire l’impasse. Certes, un régime omnivore, s’il est déséquilibré (au-delà de 70g/jour de viande rouge), peut entraîner un risque accru de diabète, de maladies cardio-vasculaires et de cancers. « Par nature, l’homme est omnivore. Nous mangeons tout ce qui est à notre disposition. Aucun aliment n’est parfait, mais l’omnivorisme est une nécessité. Ce sont les excès qui sont mauvais car les nutriments nous sont indispensables » a affirmé le Dr Lecerf.

Énumérant les différents régimes sans viande et leurs spécificités (ovo-lacto-végétarien, végétalien, végan, pesco-végétarien, flexi-végétarien, cruditarien), il a rappelé que la mise au pilori de la viande provient, au moins en partie, du mode occidental de surconsommation. Les risques des régimes sans viande sont les carences en fer pour les végétariens et les carences en vitamine B12 pour les végétaliens. Au bout de quelques années, des risques hématologiques (dont une anémie) et des risques neurologiques peuvent aussi apparaître. Par ailleurs, « Le végétalisme augmente le risque de fracture de 30 % » a-t-il ajouté.

Alors que faire ? Pour le spécialiste, l’homme n’est clairement pas fait pour être végétarien. « Il faut alerter les personnes, notamment les femmes enceintes. En suivant ce type de régime restrictif, il y a danger pour leur futur enfant » a poursuivi le Dr Lecerf, avant d’interpeller les gériatres présents dans la salle « Et suivre les personnes âgées aussi ! ».

Le régime sans lait

« Tu bois encore du lait ? » Cette phrase, que l’on entend de plus en plus, est révélatrice des on-dit propagés par certaines croyances. Le lait est un aliment comme les autres. Il y a 15 000 ans, une mutation interne a permis une résistance à la lactase chez les populations pastorales.
Dans le discours entretenu, l’activité lactasique « encrasse », le lait étant, par conséquent, responsable de tous les troubles digestifs et de symptômes divers dont on ne connait pas la cause. « Quand on fait de bonnes études, on ne trouve rien. Quand on fait de mauvaises études, on trouve toujours quelque chose » a ironisé le spécialiste.
De plus, les données de la littérature plaident en faveur de bénéfices sur la santé de la consommation de lait. Par exemple, l’incidence sur l’obésité est de 20 à 40 % plus faible chez les consommateurs de produits laitiers, et l’on constate une diminution de 35 % de risque de cancer colorectal.

Le régime sans gluten

Avant toute chose, il faut bien différencier trois situations différentes : l’allergie, l’intolérance (ou maladie cœliaque) et l’hypersensibilité. S’attardant sur la dernière catégorie, qui a tendance à se généraliser, le spécialiste a évoqué l’effet de mode et l’absence de critères diagnostiques clairs à ce jour.
« Se priver de gluten, lorsque l’on n’est ni allergique, ni intolérant, est une contrainte inutile qui peut s’avérer à risque. Il y a alors accumulation d’arsenic, de cadmium, de mercure dans l’organisme, avec un déséquilibre alimentaire secondaire favorisant entre autres les aliments à index glycémique élevé... Les gens inventent des théories pour servir leur cause » a expliqué le Dr Lecerf.
Dans notre société industrialisée, le nutritionniste a soulevé la problématique des changements de procédé du pain. Le remplacement des processus lents de fermentation par l’utilisation de levure à effet rapide, des vitesses de pétrissage rapides, une cuisson à haute température, sont autant d’éléments qui occasionnent, de nos jours, les troubles digestifs fréquemment rapportés.

Le jeûne

Facétieusement présenté par le Dr Lecerf comme « le régime sans rien », le jeûne revêt historiquement avant tout une dimension spirituelle. Défini comme « un luxe dans un pays d’abondance », le jeûne thérapeutique, en termes de recherche de santé, comporte curieusement le même champ lexical propre aux religions : purification, régénération, détoxination, revitalisation. Spécifique à l’homme (seul animal se permettant cette abstinence), le jeûne marque une prise de conscience, une attention à soi.
Pour ce qui est du jeûne contre le cancer, le nutritionniste met en garde contre des théories qui a ce jour ne reposent sur aucune donnée scientifique. Il a ardemment interpellé l’auditoire sur la supposée croyance de la tumeur nourrie : « C’est ridicule ! Il faut être en forme pour combattre la maladie ! ».

En conclusion de cette heure et demie de conférence, riche en informations et parsemée d’humour, le Dr Lecerf a fait la lumière sur un sujet sensible, fonctionnel, à portée hautement symbolique et culturelle. L’alimentation, au-delà de l’acte de se sustenter, s’inscrit dans un registre ontologique. Comme l’écrivait Brillat-Savarin « Les animaux se repaissent ; l’homme mange ».

 

Paroles de spécialistes

« Aujourd’hui, il y a beaucoup de prescriptions ou de conseils de régimes restrictifs sans reposer le plus souvent sur des objectivités médicales. Comme le Dr Lecerf est un spécialiste de la nutrition, il nous semblait important d’informer l’hôpital de ce que sont les régimes sans gluten, sans sel, vegan, végétariens... Il ne faut pas faire n’importe quoi, et c’est important d’avoir aujourd’hui un spécialiste parmi nous » a déclaré le Dr Maurice Viala, président du CLAN.

« Nous avons invité le Dr Jean-Michel Lecerf, chef du service nutrition de l’Institut Pasteur de Lille et attaché au CHRU de Lille, pour une mise au point sur ce qui est devenue de véritables phénomènes de société à savoir les régimes en vogue : végétarisme, végétalisme, sans gluten, sans lactose, jeûne thérapeutique…car ce sont des questions auxquelles nous sommes de plus en plus confrontés quelle que soit notre spécialité, avec parfois un relais au niveau médiatique donnant des informations erronées. Le but est de faire toute la lumière avec un médecin spécialiste qui nous a fait la gentillesse de traverser la France pour partager son expertise » a indiqué le Dr Véronique Taillard, responsable de l’Unité transversale de nutrition clinique (UTNC).

 

 
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